François Bayrou et le jour d’après

Vous trouverez ci-dessous un article qui m’a particulièrement intéressé. Et vous qu’en pensez-vous ?

Les Echos du jeudi 8 mars – La politique vue par Françoise Fressoz

François Bayrou a quelque chose de rassurant. C’est son principal atout dans cette campagne. Face aux deux primo-accédants que sont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, lui peut revendiquer une forme de continuité, pour ne pas dire d’obstination : il en est à sa deuxième campagne présidentielle. Le Béarnais est aussi un homme du terroir, fils de paysan, fier de ses origines. C’est en même temps un agrégé de lettres. Son parcours illustre les effets positifs de l’élitisme républicain, au moment où l’ascenseur social donne la fâcheuse impression de ne plus fonctionner. Toutes proportions gardées, son histoire ressemble davantage à celle de François Mitterrand ou de Jacques Chirac, qui ont chéri leur enfance, qu’à celle de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy, qui sont en rupture avec une jeunesse qu’ils n’ont pas aimée. Le président de l’UDF est le point d’équilibre entre le passé et le présent, la tradition et la modernité, la province et Paris. Lorsque ses concurrents pratiquent la fuite en avant, il se démarque en jouant le bon sens paysan. Il s’est ainsi construit une forte popularité en préconisant le désendettement rapide au moment où Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal s’engouffraient dans la course aux promesses électorales. Comme Raymond Barre, François Bayrou séduit les raisonnables et rassure les anxieux. Et pourtant il y a une inconnue dans son projet, quelque chose qui transforme ce centriste sage en un révolutionnaire imprévisible : avec qui gouvernera-t-il s’il est élu président de la République ? Pour lui, le jour d’après est beaucoup plus aventureux que pour Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal.

Derrière ses allures sages, François Bayrou est un homme plein de paradoxes. Comme François Mitterrand, il se méfie de la Ve République dont il a toujours dénoncé la tournure trop présidentialiste. Mais, comme François Mitterrand, il en a compris tous les ressorts : c’est de la présidentielle que tout découle, explique-t-il lorsqu’il tente de décrire la recomposition politique qui s’opérerait au lendemain de son élection : « Investi de la confiance des Français et porteur de ce mandat du peuple, je nomme un gouvernement de rassemblement. Ce gouvernement accordera un label dans chaque circonscription aux candidats qui le soutiendront. La nouvelle majorité présidentielle sera présente dans chaque circonscription du pays. Et les Français la choisiront ».

A cet instant, c’est évidemment le précédent de 1958 que le président de l’UDF a en tête : en pleine guerre d’Algérie, De Gaulle est rappelé. Il constitue un gouvernement de rassemblement comprenant des gaullistes, des socialistes, des MRP, un radical. Et, dans la foulée du référendum installant la Ve République, il organise des élections législatives qui se traduisent par un raz de marée de l’UNR, le parti gaulliste. L’ennui pour François Bayrou, c’est que le contexte de 2007 n’a rien à voir avec celui de 1958. La France est peut-être en crise, mais elle n’est pas en guerre. La Ve République est sans doute critiquée, mais elle n’est pas moribonde comme l’était la IVe. A moins d’un score massif à l’élection présidentielle, François Bayrou aura bien du mal à débaucher dans les rangs de l’UMP et du PS des troupes suffisamment nombreuses pour constituer une formation qui lui permette de gouverner : nourris aux mamelles du scrutin majoritaire à deux tours, les deux grands partis organiseront une résistance d’autant plus farouche que leur survie est en jeu. Le verrouillage a déjà commencé : le PS reste totalement sourd aux appels du pied de François Bayrou qui affirme pouvoir très bien gouverner avec un Premier ministre qui ressemblerait à un Jacques Delors jeune. Quant à l’UMP, elle s’ingénie à montrer que si des défections se produisent, c’est plutôt dans l’autre sens avec le récent ralliement du député centriste André Santini à l’UMP ou la mobilisation d’une grande figure du centre, Simone Veil, en faveur de Nicolas Sarkozy.

Un autre cas de figure est plus probable. Il s’apparente à ce qui s’était produit en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il est en outre davantage conforme au pluralisme que défend le président de l’UDF : son nouveau parti n’obtient pas une majorité suffisante à l’issue des élections législatives. Il tente alors de gouverner avec d’autres formations comme l’UMP ou le PS. L’alliance peut s’opérer à deux ; elle peut aussi s’imaginer à trois si le paysage politique s’émiette. Elle suppose dans tous les cas de figure un accord de gouvernement autour d’un programme précis de réformes et beaucoup de bonne volonté. C’est ce qui s’était produit en 1946 avec le tripartisme. Promettant d’unir leurs forces pour reconstruire le pays, la SFIO, le Parti communiste et le MRP étaient allés jusqu’à signer un protocole dans lequel ils s’engageaient à « maintenir et à développer au gouvernement, dans l’Assemblée, la presse et le pays un esprit de solidarité loyal pour la défense des décisions prises en commun au gouvernement ». Dix-sept mois plus tard, le PC faisait sécession et la valse des gouvernements commençait sous la double pression des divisions de la coalition et de la force des extrêmes : PC d’un côté, RPF de l’autre. La IVe République en mourut.

C’est le grand paradoxe du pari de François Bayrou : l’homme rêve de gouverner par la raison en gommant le clivage gauche-droite. Il estime sincèrement que le pays peut, par l’union des bonnes volontés, résoudre ses problèmes les plus criants : l’endettement, le chômage, le délitement de l’esprit républicain. Il se situe dans le droit-fil d’un Raymond Barre qui confie dans son dernier livre que s’il avait été élu président en 1988, il se serait très bien vu gouverner avec des « socialistes raisonnables ». Mais la voie institutionnelle que dessine François Bayrou est pleine d’incertitudes et de risques de blocage. C’est peut-être la raison pour laquelle aucun président sous la Ve République n’a osé tenter le pari d’un dépassement des clivages. L’occasion s’est pourtant présentée à deux reprises. En 1988, lorsque François Mitterrand s’était montré sensible à une ouverture au centre, et en 2002, lorsque Jacques Chirac s’est retrouvé face à Jean-Marie Le Pen. L’un et l’autre auraient pu jouer une forme d’union nationale. Ils ont finalement jugé plus prudent de maintenir une frontière claire entre la gauche et la droite. Le centre, c’était le risque d’un retour au régime des partis et la crainte de nourrir les extrêmes.

3 réflexions sur « François Bayrou et le jour d’après »

  1. On peut toujours rêver.
    Mes chers compatriotes,
    Alors que blanchissent mes années ; il est l’heure je crois de rendre au peuple le mandat qu’il a bien voulu me confier durant douze ans.
    Je ne ferai pas de bilan, je laisse cela aux historiens et aux jaloux. Je m’en vais tranquillement suivre enfin le rythme des saisons et je laisse aux autres,la responsabilité de conduire ce beau pays. La logique voudrait que j’invite mes partisans à voter N.Sarkosy ; hélas, je ne le peux. Pourquoi ? Je n’aime pas les charters, je n’aime pas les enfants dans les charters, je n’aime pas ceux qui envoient des parents et des enfants dans les charters. Je n’ai pas la mémoire courte, non plus. Zied et Bouna avaient 17 et 15 ans, ils sont morts ; ce n’étaient pas des cambrioleurs et ils étaient poursuivis par la police. Ce joli monsieur, à l’époque affirmait le contraire en regardant bien droit les caméras…
    Mes chers compatriotes, la France mérite mieux qu’un arriviste doublé d’un menteur et qui ratisse allègrement sur les terres nauséabondes de monsieur Lepen. Donnez à notre belle France une femme ou un homme,
    celle ou celui qui saura défendre défendre nos valeurs éternelles : la tolérance et la liberté.
    Vive la République, vive la France
    PS : Il est vrai que vous ne semblez guère dérangé vous-même par la fréquentation du fn.

  2. J’ai beaucoup apprécié la question de Claire Chazal hier au 20 heures, quand elle a demandé à François Bayrou quelle serait son attitude s’il est présent au second tour.
    S’il a Nicolas Sarkozy en face de lui, il adoptera une attitude de gauche, s’il a Segolène Royal en face de lui, une attitude de droite…cela montre bien son absence totale de conviction.
    Il est incapable d’avoir une ligne de conduite directrice.
    François Bayrou ne représente que lui-même, voilà le fonds du problème…

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