Intervention sur le projet de loi Refondation de l’école

Claude Goasguen a participé à la discussion générale, hier, sur le projet d eloi relatif à la refondation de l'école.

"Une fois de plus, nous allons refonder l’école.
Combien de fois, ces dernières années, n’avons-nous pas entendu les mêmes
formules pour refonder une école que l’on ne refonde jamais ?

Nous aurons quelques heures de débat, comme nous
l’avons fait avec M. Lang, M. Bayrou, M. Chatel ou
M. Untel ; puis nous reviendrons au statut de l’éducation nationale,
dans le cadre spécifique de la discussion parlementaire.

On discute d’une grande loi, la plus générale
possible ; ensuite se posent quelques questions, soigneusement choisies au
moment de la loi de finances et discutées préalablement, de façon à ne pas
compliquer excessivement la situation ; puis nous nous retrouverons à
vivre sous le règne des décrets, que j’appellerai, élection papale oblige, des
« décrétales ».

Les décrétales vont se multiplier et le BO
grossira encore – bonne nouvelle toutefois : ses impressions étant
réduites, on sauve d’autant la forêt landaise. Le problème est que nous avons
toujours le même BO : si nous voulions véritablement discuter de
l’éducation nationale, il serait temps que l’on donne à notre assemblée et au
Sénat la possibilité d’en parler, ce que nous ne faisons jamais.

Si cette situation facilite la gestion de
l’éducation nationale, il serait néanmoins souhaitable que, pour une fois, – et
j’ai déjà soumis cette demande à vos prédécesseurs libéraux de droite comme de
gauche – la nation, représentée par notre assemblée, se penche sur la question
éducative autrement que via une délégation de pouvoir aboutissant à une série
de décrétales qui offrent, soit dit en passant, de belles salles à l’éducation
nationale.

Vous pouvez les visiter, c’est absolument
formidable ! Toutes ces décrétales sont reliées plein cuir, non loin de
votre bureau, monsieur le ministre. Vous pouvez ainsi vous y plonger quand le
loisir vous en prend, puisque j’ai remarqué que vous aimiez vous plonger dans
l’Histoire, ce dont je ne saurais trop vous féliciter.

Cette démarche de refondation est somme toute
banale, mais vous avez une spécificité que personne ne peut vous envier :
vous vous donnez des moyens et vous êtes impopulaire. Quel tour de force !

Mettre 60 000 postes sur la table, dans une
période où la France est financièrement asséchée, et réussir, dans le même
temps, à mettre tout le monde contre soi : monsieur le ministre, recevez
mes hommages ! Même M. Allègre, qui en fit pourtant des vertes et des
pas mûres, n’y est pas parvenu.

Pourquoi avez-vous monté tout le monde contre
vous ? Pourquoi ce projet, dont je ne veux pas discuter le fond (Protestations
sur les bancs des groupes SRC et GDR), d’une banalité consternante, ne
rassemble-t-il pas ?

Vous ne croyez tout de même pas que je vais être
ébloui par le service public du numérique, comme si le numérique n’existait
pas ? Ne vous gargarisez pas, croyez-moi : vous n’avez rien inventé,
bien au contraire, et je vais vous prouver à quel point vous régressez. (Protestations
sur les bancs des groupes SRC et GDR.) Dans votre texte, exception faite de
l’annexe, il n’y a rien.

Il s’agit donc de voir pourquoi ce texte qui
promet tant aboutit à si peu de résultats. Il me semble que ce que les
enseignants vous reprochent – notons que pour la première fois un ministre de
l’éducation nationale de gauche, qui promet des postes, réussit ce tour de
force de monter les enseignants contre lui…

Oui je l’ai déjà dit, mais permettez-moi de
répéter, vieux fonctionnaire de l’éducation nationale que je suis, qu’il s’agit
là d’un phénomène rare, à marquer d’une pierre dont la couleur importe peu.

Reprenons : les enseignants vous reprochent
d’avoir privilégié le quantitatif au qualitatif. Promettre 60 000 postes,
c’est bien. Mais pourquoi 60 000 et non 65 000 ou
90 000 ?

Cela me rappelle un épisode du passé, lorsque
M. Strauss-Kahn, au cours d’une réunion déchaînée, avait trouvé que pour
gagner les élections il fallait inventer quelque chose de particulièrement
intéressant : c’est ainsi qu’est née l’idée des 35 heures. On ne s’en
sort pas. On imagine que vous avez dû faire face au même problème, vous
demandant, un soir de discussion comment gagner les élections : « Mon
cher François, avez-vous fait, créons 60 000 postes ! ».

Vous auriez aussi bien pu en proposer
90 000. Le problème est que, trente ans plus tard, les 35 heures sont
toujours effectives, et cela m’inquiète donc beaucoup, car rien dans votre
texte ne justifie le chiffre de 60 000. (Protestations sur les bancs du
groupe SRC.) Si quelqu’un est capable de m’expliquer pourquoi 60 000
postes plutôt que 65 000… (Mêmes mouvements.)

Vous avez des projets d’avenir formidables. J’ai
remarqué, dans votre projet, les citations que vous énumérez : tout
commence à la Révolution française, et tout finit avec elle d’ailleurs. Certes,
il y a bien ensuite quelques sujets modernes : Bergeret, Anatole France,
Michelet, cité par l’orateur précédent, puis d’autres encore. Nous aurions
aussi pu parler de M. Jospin ou de Mme Royal qui a inventé l’école
pour les enfants de moins de trois ans – projet pour lequel nous attendons
encore les moyens.

Vous avez, monsieur le ministre, de grandes
qualités intellectuelles, mais votre vision du passé est idéologique. Vous
oubliez que les enseignants d’aujourd’hui ont envie d’une réforme qualitative,
disposant de moyens supérieurs. Ils ont ainsi le sentiment, que ce soit à tort
ou non, que vous les avez déqualifiés.

Pour n’avoir fait que du quantitatif, vous
avez réussi à monter tous les syndicats d’enseignants."

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