Décès d’un de mes amis proches, William Abitbol

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Suite au décès de mon ami William Abitbol, je reprends le touchant hommage écrit par Alexandre Vesperini, Conseiller de Paris (LR).

Hommage – William Abitbol, « ma vignette Panini »

Je crois que j’ai aperçu William Abitbol pour la dernière fois le 3 juillet 2015, lors de la messe d’obsèques de Charles Pasqua, à Saint-Louis-des-Invalides. Suivant de près le cercueil et la famille de l’homme auquel il avait tant cru et donné, il jetait un regard vers ceux qui s’étaient pressés dans les rangs de l’église bondée. À travers ses yeux qu’il promenait sur l’assistance, on pouvait lire un mélange de tristesse, de condamnation et de lassitude amusée.

Tristesse tout d’abord, de l’adieu à la flamboyance de ce combat passé, perdu depuis longtemps déjà, mais qui rejoignait définitivement ce jour-là le champ du souvenir. Après Séguin, c’était Pasqua qui emportait avec lui ce gaullisme intégral, dont Henri Guaino, William Abitbol et quelques autres avaient donné par leur plume la dimension romantique et le panache.

Condamnation ensuite, de ceux qui selon lui avaient trompé le gaullisme ainsi que son idéal de souveraineté ; condamnation de tous ces ralliés à la pensée maastrichtienne qui étaient demeurés au RPR quand lui et quelques autres avaient fondé le RPF ; condamnation de ceux qui étaient pour lui des bourgeois conformistes et vichyssois dans l’âme.

Lassitude amusée enfin, devant la scène politique qu’il avait parcourue, de ses années nationalistes au souverainisme « des deux rives » en passant par la maison Pasqua ; lassitude après la déception ultime de n’avoir pu transformer lors de la présidentielle de 2002 l’essai historique des européennes de 1999, lorsque la liste Pasqua-Villiers avait dépassé celle du RPR de Chirac et Sarkozy.

Après avoir échoué à faire de Charles Pasqua un vrai présidentiable, d’abord en 1995 puis en 2002, William Abitbol s’était quelque peu mis à son compte en lançant vainement l’unification des partisans de « l’autre politique » issus de la gauche républicaine et de la droite gaulliste. Après ce nouvel échec, il avait rejoint le bercail du RPF lors des européennes de 2004, mais la performance de 1999 ne fut pas rééditée, loin de là.

Victime des divisions et des « affaires », le courant souverainiste tant espéré par William Abitbol s’éteignit politiquement en même temps qu’il triomphait électoralement, avec la victoire du « non » au référendum de 2005. On connaît la suite : aidé d’Henri Guaino et de Patrick BuissonNicolas Sarkozy assura la captation de cet électorat attaché à l’Europe des nations tout en faisant adopter ensuite par la voie parlementaire la copie conforme du projet de constitution européenne, en 2008.

William Abitbol ne devait probablement plus être dupe de ces postures depuis longtemps et avait décidé de quitter la politique active, pour ouvrir un restaurant dans le quartier du Palais-Royal, Chez Alfred, l’un de ses autres prénoms.

C’est là que je l’ai rencontré, dans son restaurant plein de poésie et dans sa cave, peu décorée mais si bien fournie. C’est là que j’ai emmené avec bonheur mes amis et ma chérie de l’époque, là que j’ai découvert le Simmental et les plats canaille. Pour moi, il était sans le savoir une sorte de vignette Panini de la politique. Comme d’autres amis de ma génération, j’étais charmé par la culture, l’ouverture d’esprit, les formules acérées et le côté attachant de cet homme qui n’était pourtant pas toujours empathique et solaire. Je me souviens qu’il assurait lui-même la cuisine et le service, pas forcément à la perfection, comme si le virus de la politique l’invitait à revenir à ses premières amours. Quand il a fermé son affaire, il aurait pu nous laisser un portable ou nous donner des nouvelles pour continuer à partager de bons moments. Nous l’y avions incité, mais, sans que cela soit agressif à notre endroit, il semblait préférer ses mondes et ses souvenirs, et c’est peut-être en cela que nous l’admirions un peu.

Il est regrettable qu’aussi peu d’hommages aient été rendus à la mémoire de cet homme étonnant, qui incarna cette part d’intransigeance, de vivacité et d’humour que la politique doit toujours conserver. Bien qu’il soit très éloigné des idées que William Abitbol a défendues tout au long de sa vie, François Bayrou a bien résumé dans l’impossible format des 140 caractères Twitter l’héritage que laisse celui qui fut son collègue au Parlement européen et qui comme lui, fit souvent le choix d’être politiquement libre, pour le meilleur et pour le pire : « Il avait du style, de la culture, il aimait rire. Il n’était dupe de rien. Rare. » C’est probablement parce que les hommes de son espèce se font si rares qu’il ne faut pas, qu’il ne faut surtout pas, oublier William Abitbol.

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